Printemps 2014 055

L’une des idées en vogue dans le développement personnel est celle de l’abondance. Presque tout ce que j’ai pu lire ou écouter sur le sujet propose des méthodes pour acquérir plus. Certes, ces méthodes commencent par la prise de conscience et la gratitude envers ce que nous possédons déjà, mais rares sont celles qui s’arrêtent là, ce ne serait pas assez vendeur. L’idée est donc d’obtenir un rab de ce que nous avons déjà en quantité et de ce fait, enfonce le couteau dans la plaie de l’insatisfaction latente des pauvres consommateurs insatiables que nous sommes. Ca se présente grossièrement ainsi : si tu veux plus d’argent reconnais que tu en as déjà beaucoup, remercie, ainsi, l’abondance attirant l’abondance, tu en recevras davantage.

 

C’est ainsi qu’à force de vouloir plus, nous nous retrouvons avec des titres de journaux tels que « L’OMS déclare l’obésité première urgence mondiale de la santé ». Tandis que chaque année, nous jetons nos excédents par tonnes, invendus de supermarchés et emballages en tous genres qui poubellisent le monde et dans lesquels nous disparaissons peu à peu.

 

L’abondance nous empoisonne doucement. Les docteurs magiciens se graissent la patte en proposant une multitude de régimes résultat de cette incapacité à reconnaître et à gérer l’abondance.

 

Mon arrière grand-mère avait l’habitude de préparer à ses enfants pour le pique-nique, des Pan Bagnats. Pas le prétentieux Pan Bagnat Niçois dans lequel on joue la surenchère avec olives, anchois, radis, thon, œufs, et j’en passe, mais une version toute personnelle, version locale de la pizza Napolitaine de base, un simple morceau de pain du jour ou de la veille sur lequel elle frottait de l’ail, qu’elle garnissait de tomates tranchées  qui imbibaient la mie, et qu’elle assaisonnait d’huile d’olives, de citron et de sel. Le plaisir se trouve souvent dans les choses les plus simples. Quand en été, s’élève l’odeur des pins parasols, séchés par le soleil, je l’associe tout de suite à ce Pan Bagnat qui faisait le délice de mon enfance et que ma fille me réclame encore aujourd’hui, cinq générations plus tard.

Le pain aux tomates comme l’appelle mon ami américain Andy, à qui j’ai fait goûter ce sandwich et qui s’en est régalé, il s’en souvient des années plus tard.

 

Ce Pan Bagnat est un éloge à lui tout seul à la simplicité volontaire, à un art de vivre Méditerranéen, symbole d’abondance des olives, des tomates et des citrons gorgés de soleil. Je le proposerais bien comme remède aux problèmes d’obésité si tant que l’obésité soit véritablement un problème de santé plutôt qu’un problème de comportement. Que la société soit malade, ça je n’en doute pas un instant.

 

Vanessa